New-York,
11 septembre 2001. Deux avions réduisent en cendres l'incarnation de la
puissance temporelle. Médusé, le monde reste sans voix.
Paris, 15 avril 2019. Notre-Dame est en feu.
L'émotion tétanise le monde entier, toutes croyances mêlées. Ce n'est pas la
voix qui reste suspendue. C'est le cœur.
À New-York roule à terre une idole matérielle,
l'orgueil d'une nation.
À Paris s'élève, très haut, la flamme d'une
spiritualité universelle. L'âme du monde.
Tumaï, Lucy, homo erectus, puis sapiens. Sur
la matière, avec elle, contre elle parfois, la sélection naturelle conduite par
une transcendance élabore l'esprit. La conscience se forme, jusqu'à
devenir réfléchie.
Voici l'homme. Il apprivoise le feu et bientôt
l'art. Il entrevoie l'éternité et donne une sépulture à ses morts. De nomade,
il devient agriculteur et invente la propriété privée. L'animal se délecte
alors d'un nouveau passe-temps : la
guerre. Mais l'esprit veille, et 'homme regarde le Ciel. Car sa chair visible
recèle cette invisible spiritualité qui fait son essence et l'oblige à une
destinée. L'homme construit des temples, puis des églises. Et des cathédrales.
Que brûle la cathédrale dédiée à la mère du
Christ, et nous voilà brutalement happés par cette évidence oubliée : la
spiritualité crie en nous. Et crie souvent famine. Sans cesse plus technique et
concrète, l'époque gave les peuples d'un matérialisme déshumanisant. Appliquées
à se défier entre elles, les tours émules des "World center" dévorent
l'horizon. À leurs pieds clochardisent les incertitudes angoissantes, la soif
de vérité, la recherche d'idéal. Si jamais n'ont été offertes autant de
possibilités de s'exprimer utilement, jamais il n'y a eu autant d'énergies
inemployées, de talents gaspillés, d'aspirations frustrées. Oui, l'esprit crie
famine.
Vers la voie la plus efficace pour rassembler
par l'élévation, l'esprit avait un guide assez sûr. Le Christ justement,
bienveillant enseignant d'une pratique surpassant toutes les vertus : l'amour
fraternel. Surpassant le partage, le pardon, l'équité, l'altruisme, l'égalité,
car forgeant leur expression. Il ne restait plus en somme qu'à appliquer le
système christique pour remplacer le
monde courant du rapport de forces, par celui de la fraternité.
Pour l'appliquer, fallait-il encore vraiment
le comprendre.